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Historia conceptual en el Atlántico ibérico

Fecha:
23/09/2021
Javier Fernández Sebastián, Historia conceptual en el Atlántico ibérico. Lenguajes, tiempos, revoluciones, Madrid, Fondo de Cultura Económica de España, 2021.

Dans la continuité théorique et méthodologique des deux dictionnaires qu’il a codirigés avec Juan Francisco Fuentes –Diccionario político y social del siglo XIX español et Diccionario político y social del siglo XX español publiés par Alianza Editorial en 2002 et 2008, deux outils bien connus des contemporanéistes–, Javier Fernández Sebastián a fondé en 2005 un groupe de recherche fédéré autour du Proyecto Iberoamericano de Historia Conceptual ou Iberconceptos. Ce groupe de recherche élargissait au monde ibérique situé des deux côtés de l’Atlantique l’étude des langages politiques à l’époque des
révolutions libérales et du mouvement des indépendances hispano-américaines. On doit au vaste réseau, composé à présent d’un peu plus d’une centaine de chercheurs appartenant à une trentaine d’universités, outre plusieurs monographies –entre autres, La aurora de la libertad (2012) ; Linguagens da Identidade e da Diferença no Mundo Ibero-americano (1750-1890) (2018) ; Conceptual History in the European Space (2019) ; Tiempos críticos. Historia, revolución y temporalidad en el mundo iberoamericano (siglos XVIII y XIX) (2021)– et dossiers publiés dans des revues, les deux volumes en 11 tomes du Diccionario político y social del mundo iberoamericano (2009 et 2014), dirigés par Fernández Sebastián. Avec Historia conceptual en el Atlántico ibérico. Lenguajes, tiempos, revoluciones, le professeur de l’Université du Pays basque offre un condensé –la quinte-essence en quelque sorte– de sa réflexion sur
l’histoire conceptuelle appliquée au monde euro-américain –et notamment ibéroaméricain– dans sa transition vers la modernité, autour de trois axes, le langage, le temps et les révolutions.

L’ouvrage, très substantiel, s’organise en 3 parties distribuées en 12 chapitres qui abordent donc l’histoire conceptuelle dans l’Atlantique ibérique, et non de l’Atlantique ibérique, dans ses dimensions théorico-méthodologique et empirique. Ces deux aspects, cependant, ne sont pas strictement étanches : l’observation empirique vient nourrir les deux premières parties consacrées au cadre théorique du travail de l’historien conceptuel (par exemple, p. 92-93) et, de même, la troisième partie, qui trace les contours d’un « nouveau langage pour la politique », donne lieu à des développements méthodologiques, comme par exemple au terme du chapitre « Imaginaires » (p. 388-391). Cet entrelacement est articulé à des renvois d’un chapitre à l’autre, surtout de la troisième partie vers les deux premières. C’est là le signe d’une pensée dynamique, où le constant souci de clarté didactique le dispute à celui d’exhaustivité.

Les deux premiers chapitres introduisent à ce qu’est le métier d’historien, puis à cette branche de l’histoire, à laquelle se consacre l’auteur depuis deux décennies, l’histoire conceptuelle. Par la métaphore des « Voix du passé », Fernández Sebastián souligne que l’historien doit saisir les inquiétudes et questionnements des gens de l’époque étudiée, en se préservant du « présentisme », c’est-à-dire sans subordonner le passé aux nécessités instrumentales du présent (p. 53), biais maintes fois dénoncé au long de l’ouvrage. Dans son sens large, l’histoire conceptuelle, dont les premiers jalons ont été posés il y a une cinquantaine d’années par l’Allemand Reinhart Koselleck et le Britannique Quentin Skinner, étudie les sociétés du passé à travers le langage, surtout
politique, pour apporter des connaissances sur les actions, événements et formes de vie passées (p. 57). Pour une première approche des concepts, le matériau de l’histoire conceptuelle, l’auteur se réfère aux concepts fondamentaux (Grundbegriffe) définis par Koselleck comme un concentré d’expériences, d’expectatives (expectativas) et de significations (p. 70). En ce sens, le concept, inséparable donc des pratiques sociales, véhicule des significations à la fois partagées et divergentes et a partie liée avec les émotions (p. 74).

L’approche théorico-méthodologique de la première partie analyse ensuite comment l’histoire conceptuelle s’inscrit dans « le processus d’historisation croissante de la vie humaine » (p. 79), et notamment « la radicalisation de la conscience historique moderne » liée aux révolutions occidentales (p. 92-93). Dans ce chapitre 3, l’axe autour duquel se développe le raisonnement est la notion Koselleckienne de Sattelzeit, seuil temporel ou période-charnière située entre 1750 et 1850 qui marque une mutation conceptuelle qui ouvre à la modernité. Fernández Sebastián situe la transition ibérique entre 1770 et 1870 avec un notable point d’inflexion dans les années 1807-1834 qui correspondent à l’ère des révolutions (p. 174). Dans le chapitre suivant, à partir de l’examen des dialectiques historiennes classiques comme tradition / modernité ou rupture / continuité, et le danger de « rétroprojection » ou de constitution de généalogies fallacieuses (abordées déjà p. 88-91), Fernández Sebastián opte pour la notion de « traditions électives », qu’il définit comme un légat historique imaginé et
élaboré par le légataire lui-même (p. 136). C’est en vertu de ces traditions électives, par exemple, que les pionniers du libéralisme se sont pensés à la fois en continuateurs des Comuneros du XVIe siècle et des éclairés du XVIIIe siècle (p. 151).

La deuxième partie, arrimée cette fois à la réalité des mondes ibériques, continue de creuser le sillon théorique et méthodologique, en lien avec les recherches menées au sein du groupe Iberconceptos De manière stimulante et très suggestive, cette section réfléchit à l’inscription conceptuelle de l’Atlantique ibérique dans la modernité euroaméricaine. D’abord, Fernández Sebastián s’emploie à reconsidérer les sources grécoromaines et bibliques, ainsi que l’hybridation entre l’ancien et le nouveau, l’individuel et le collectif, à l’oeuvre dans les vocabulaires politiques modernes (chapitre 5). Puis, en s’enracinant davantage dans l’aire ibéro-américaine, l’auteur aborde la notion de libéralisme sur laquelle le regard conceptuel d’Iberconceptos a été décisif pour questionner les présupposés hiérarchiques et les préjugés, selon lesquels le libéralisme aurait été une réussite dans l’Atlantique du Nord anglophone et au contraire un échec dans l’Europe méditerranéenne et en Amérique Latine (p. 183). Deux autres notions, inscrites dans l’historiographie actuelle, sont ensuite interrogées dans leur application au monde ibéro-américain : la post-colonialité et la globalisation (chapitre 6). C’est l’occasion de rappeler que Serge Gruzinski, entre autres, a attiré l’attention sur la précoce mondialisation qu’a supposée la colonisation ibérique dans la deuxième moitié du XVIe siècle (p. 198). Au point de vue culturel, cette « fusion asymétrique » a entraîné une « globalisation conceptuelle » (p. 196) euro-centrée. Les considérations sur
l’extraordinaire fortune de la métaphore du réseau et son importance dans la recherche universitaire mènent l’auteur à un plaidoyer pour une histoire transdisciplinaire et transnationale, un débouché logique de l’histoire conceptuelle qui invite à traverser les frontières entre disciplines et nations (p. 211).

Les trois notions qui traversent les deux premiers volets théorico-méthodologiques –le langage, le temps et les révolutions– sont explicitement étudiées dans la troisième partie sur le terrain empirique. De cette section particulièrement foisonnante et aussi la plus longue –elle occupe la moitié de l’ouvrage– on ne pourra rendre compte ici que très partiellement. Premier point abordé : le bouleversement opéré dans la langue par la crise politique initiée en 1808, lorsque la dimension linguistique de la politique est devenue évidente. Congrès et assemblées représentatives ont exercé une sorte de « pouvoir linguistique suprême », que reflète la Constitution de Cadix, en tant que « catalogue de définitions revêtues d’autorité », comme celles de la nation, de la citoyenneté ou des Cortès (p. 224-226). Des versions satiriques d’outils linguistiques aussi classiques que les dictionnaires entrent dans la polémique politique –l’auteur se réfère entre autres, naturellement, à celui du contre-révolutionnaire Justo Pastor Pérez auquel répond le Diccionario crítico-burlesco de Bartolomé J. Gallardo–, alors que les catéchismes sont également détournés pour servir de propagande libérale. Sur ce point, l’essor de l’imprimé a été essentiel pour la diffusion du nouveau langage politique, qui amalgamait conceptuellement républicanisme antique, scolastique, droit des gens, pensée éclairée et libéralisme naissant (p. 250).

« Concepts et mythes » (chapitre 8) s’ouvre sur un tableau récapitulatif de l’évolution de 21 concepts entre 1750 et 1850 –entre autres ciudadano, independencia, libertad, nación, sociedad– qui ont été abordés dans les deux tomes du Diccionario político y social del mundo iberoamericano (p. 256-257). Le tableau est extrêmement éclairant, bien que Fernández Sebastián émette lui-même quelques réserves sur ce panorama qui gomme ce qui fait la chair de l’histoire conceptuelle, c’est-à-dire les conflits, dévoiements et transitions (ailleurs l’historien écrit que, justement, le Diccionario Político y social del mundo ibérico cartographie les dissensus, p. 160). On constate qu’en une centaine d’années le sémantisme des concepts a complètement changé d’échelle passant de la sphère locale ou personnelle à la sphère collective. Les mythes, en tant que récits pourvoyeurs de sens, assument une fonction essentielle dans la période des révolutions pour rassembler et mobiliser. L’auteur en égrène quelques-uns du monde hispanique entre deux continents, mais surtout analyse la mythologie de la révolution elle-même en concluant le chapitre par une magistrale synthèse des différences et points communs entre les 3 révolutions atlantiques : États-Unis, France et monde ibérique (p. 307-315).

Une large place est ensuite réservée aux métaphores (chapitre 9), qui, dès lors que ces figures expliquent quelque chose par autre chose, s’avèrent d’une grande efficacité dans le langage humain pour « coloniser sémantiquement » –d’après l’expression de Georges Lakoff et Mark Johnson– ce qui est inconnu (p. 318). On en comprend aussi tout l’intérêt pour l’histoire conceptuelle qui justement, note Fernández Sebastián, ne l’a guère abordée. De l’ample déclinaison métaphorique, tirée notamment du discours hispano-américain, retenons ici quelques traits. Le concept de révolution a été sans doute le plus fécond en constellations métaphoriques en lien avec des éléments naturels –ouragan, courant impétueux, tempête…–mais ces mêmes métaphores ont pu s’appliquer à d’autres concepts qui ont alors déployé toute leur influence, comme ceux d’« opinion publique » ou d’« esprit du siècle ». À l’ubiquité s’ajoute la réversibilité métaphorique. La naturalisation de la relation de dépendance politique entre la métropole –la mère, comme le dit la racine grecque de métropole– et ses colonies –ses filles– a justifié d’une part la révolution une fois les territoires d’outre-Atlantique devenus orphelins à la suite des abdications de Ferdinand VII et Charles IV, comme l’a fait Bolivar (p. 350) et, d’autre part, le processus d’indépendance présenté comme la naturelle émancipation des enfants à leur majorité, comme le fait le moine Servando Teresa de Mier (p. 351).

Sans abandonner le terrain symbolique, le chapitre 10 se propose d’aller au-delà des concepts et tropes, pour aborder les imaginaires sociaux de la révolution au travers de deux constructions discursives : la captivité de Ferdinand VII –un imaginaire enraciné dans la culture chrétienne et hispanique– (p. 359-369) et la légitimation de la forme républicaine en Amérique hispanique avec des arguments empruntés à la Bible, à travers le filtre de la réception du livre de Samuel au XVIIe siècle (p. 378-388). De l’analyse approfondie de ces deux constructions, on retiendra les stratégies qui sont à l’oeuvre dans les relectures et réinterprétations d’éléments du creuset culturel afin de rassembler et mobiliser. Et aussi que la dynamique de l’histoire politico-intellectuelle
remonte la pente de l’aval vers l’amont, en considérant quelle sélection opèrent les acteurs dans leurs sources supposées d’inspiration (p. 390, note 100).

Cette troisième partie s’achève par une coda réflexive sur les expériences temporelles des acteurs du passé (Nuevo tiempo / Tiempo nuevo) en deux volets, l’accélération du temps (chapitre 11) et la découverte de l’avenir ou du futur1 (chapitre 12). La perception de l’accélération ou condensation temporelle est interprétée à l’époque soit comme l’éclosion de temps nouveaux, soit, du côté des contre-révolutionnaires, comme l’annonce de la fin des temps, la vague révolutionnaire de 1848 venant réactiver les interprétations divisées entre confiance dans le progrès et crainte de l’Apocalypse. De la « futurisation » radicale entraînée par les révolutions, Javier Fernández Sebastián décèle le ferment dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle avec la mise en place des
réformes. Mais c’est surtout la crise de 1808 et notamment la convocation des Cortès, en mai 1809, qui fait émerger des déclarations emphatiques et confiantes en l’avenir radieux et prospère, comme le montrent des extraits cités de journaux chiliens et péruviens (p. 450). La presse a, d’ailleurs, joué un rôle primordial dans la configuration psychologique de nations en tant que « communautés de temps » ou « communautés de destin », dans l’optique de Benedict Anderson (p. 453). Cette omniprésence de l’avenir dans le discours était aussi le signe que l’espoir était de ce monde et non promesse de l’au-delà. C’est ce que Koselleck appelle la « mondanisation » de l’avenir (p. 455), on pourrait également dire sa sécularisation. En fait, le XIXe siècle –notamment à partir
de 1830– est rythmé par ce nouveau concept jusqu’à la guerre de 1914-1918 qui dissipe la confiance dans le progrès.

Mais cette sorte d’euphorie propre au XIXe siècle a été concomitante avec l’apprentissage de la déception qui a modelé la conscience historique des hommes politiques et des écrivains hispano-américains dès la fin des années 1820. C’est ce qu’analyse l’auteur dans le premier volet de l’épilogue. Au-delà de cette mutation de la sensibilité historique, les auteurs de l’époque se sont interrogés sur la question philosophique et morale de savoir si l’action humaine était capable de l’emporter sur l’emprise des circonstances. L’analyse débouche plus largement sur ce qui a été la toile de fond des débats du XIXe siècle : les théories du progrès liées aux différentes philosophies de l’histoire de Voltaire à Hegel, de Darwin à Spencer (p. 476-482). Puis ce sont en quelque sorte les voix du présent que nous fait entendre Javier Fernández Sebastián dans une dernière réflexion sombre et lucide. Si, comme il y a 2 siècles, nous nous trouvons sur un nouveau seuil, dans un temps de profondes transformations dominé par la révolution techno-numérique, notre époque est aussi frappée par le « virus identitaire et populiste » (p. 487), par le présentisme qui domine dans les manuels scolaires et le regard biaisé ou sélectif des nationalistes sur le passé instrumentalisé à des fins politiques. À ces dévoiements, l’auteur oppose un plaidoyer pour une histoire responsable qui doit s’efforcer de comprendre les réalités du passé dans leur altérité.

Quelques brèves considérations finales. D’abord soulignons la profondeur et la vitalité intellectuelle qui anime tout cet ouvrage dans lequel l’historien remet sur le métier conceptuel quelques outils classiques de la pratique historienne. Nous pensons, par exemple, aux dichotomies classiques tradition / modernité ; Ancien Régime / Nouveau Régime ; permanence / innovation ; rupture / continuité qui forment le socle de l’histoire contemporaine. Elles sont transcendées au profit d’une réflexion sur la complexité de la notion de modernité, que Javier Fernández Sebastián comprend comme un nouveau cadre symbolique et un nouveau lien social, comme une nouvelle forme de légitimité qui bascule entre la fin du XVIIIe siècle et le début du siècle suivant et surtout comme une nouvelle façon d’être dans le temps (p. 168). L’historien défend, à ce titre, la notion de modernités, au pluriel, pour aller au-delà de la primauté des modèles français et anglo-américain, en plaidant pour un modèle hispanique de modernité.

Fernández Sebastián offre de nouveaux points de vue dans l’approche des concepts par le biais, par exemple, de ce qu’il appelle les « centaures conceptuels » (p. 172) –qui eux aussi revisitent la dialectique modernité / tradition. La double nature du centaure vient catégoriser des concepts qui sont des sortes d’oxymores à la charnière entre l’Ancien Régime ou époque coloniale et l’ordre nouveau qui émerge avec les États libéraux et républicains, tels que « souveraineté nationale », « volonté générale » et « opinion publique », qui, totalement liés à la modernité politique, empruntent à l’ordre ancien, tout en mêlant l’individuel ou personnel et le général.

Si l’histoire conceptuelle a apporté beaucoup et continue d’apporter à la connaissance de cette époque charnière entre colonie et émancipation dans le monde ibéroaméricain, l’inverse est vrai aussi. En effet, les mondes ibériques et ibéro-américains ont été un terrain d’expérimentation pour des concepts naissants, d’autant plus que les républiques ibéro-américaines sont nées avant presque toutes les républiques européennes actuelles. François-Xavier Guerra, comme l’observe Fernández Sebastián, n’a pas manqué de souligner cette précocité (p. 188-189). À plus d’une occasion, l’ouvrage cite cet historien, prématurément disparu, qui a renouvelé de façon profonde et décisive les concepts et méthodes d’analyse de l’histoire politique de l’Amérique hispanique, justement à la charnière entre l’Ancien Régime et l’accession à l’indépendance des futures nations hispano-américaines.

Néanmoins, face aux avancées et apports dans la connaissance du passé que représente l’histoire conceptuelle, on pourrait reprocher son prisme éminemment occidental et élitiste. L’équipe d’Iberconceptos, explique Javier Fernández Sebastián (p. 189-190), a tenté de corriger cette limité par la création de deux groupes de travail sur l’étude de catégories identitaires telles que classes, corporations, castes et races et un autre sur traduction et transferts culturels. L’auteur évoque là une analogie entre politisation –la volonté de transformer la majorité des adultes masculins en citoyens– et évangélisation, une analogie, qui, à nos yeux, renforce la relation entre dominants et dominés, qui a continué de caractériser les rapports sociaux après la révolution et
l’indépendance.

Dans l’introduction, l’auteur présentait cet ouvrage comme un distillat, mais c’est à une véritable somme que nous avons affaire, pleine de cette générosité intellectuelle qui caractérise le professeur Fernández Sebastián. Une somme, donc, mais non pas un aboutissement, plutôt un jalon, un bilan d’étape ou une respiration réflexive personnelle, avant la parution de deux autres ouvrages coordonnés en collaboration avec Faustino Oncina et Javier Tajadura, Metafóricas espacio-temporales. Enfoques teóricos e historiográficos para la historia (Valencia, Pre-Textos, 2021) et Tiempos de la Historia,
tiempos del Derecho
(Madrid, Marcial Pons, 2021).
 

Acerca del autor:
Marie-Angèle Orobon
Cahiers de civilization espagnole contemporaine

Acerca del libro:
Historia conceptual en el Atlántico ibérico
Javier Fernández Sebastián